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 If I had a heart I could love you

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MessageSujet: If I had a heart I could love you   Mer 3 Fév - 23:10

If I had a heart I could love you

Où c'est au hasard que l'on confie sa vie conjugale.


Orpheo repoussa d’un geste les portraits étalés sur la table. Comme un brelan de dames dans un jeu de poker particulièrement raffiné, une série de figures interchangeables offraient un éventail de toilettes mondaines et de mines un peu pincées, tout bien sages dans leurs robes à paniers, cheveux noués, modestie compassée. Il ferma les yeux, laissa tomber la cendre de sa cigarette dans une coupelle, en tira une au hasard comme s’il tirait une carte de tarot chez la voyante, et la porta à la hauteur de son regard.

— Inspide.

Phalaena avait parlé, ou plutôt jeté ce mot de sa petite voix serpentine. Le papillon rampa lentement sur le papier glacé des photographies dont les belles nuances de sépia et de noir s’accordaient à merveille à la couleur de ses ailes. Il se traîna jusqu’à une autre, une jolie blonde au visage de poupée et aux paupières lourdes.

— Celle-là nous plaît.

Un murmure, tordu, aigrelet. Orpheo s’en saisit, laissa le papillon escalader le dos de sa main balafrée et se poser sur le bout de ses doigts alors qu’il observait la jeune femme qui regardait dans le vide au milieu de son petit cadre ouvragé.

— Elle est jolie, répondit pensivement le professeur. Une mine de sainte-nitouche, sans doute une petite peste, mais au moins, j’aurais l’agrément d’une belle vue.

Un rire fissura l’atmosphère feutrée du salon où on n’entendait que le chuchotement de leurs voix et la pluie qui battait paresseusement les carreaux.

— Et qu’en feras-tu, de cette beauté, hein ?

Orpheo ne se donna même pas la peine de répondre n’eut qu’un de ces rictus qui firent briller ses yeux de chat. C’était une vilaine plaisanterie qui courait entre eux, et personne d’autre sans doute n’aurait pu comprendre les étraves obscures que de vieux désirs inassouvis et le souvenir suave des mains d’Ieva dans ses cheveux avaient laissé derrière eux. Personne ne comprenait jamais, non ? Ses paupières s’abaissèrent de nouveau, et il aspira longuement la fumée de sa cigarette tandis que Phalaena reprenait ses crapahutages et rampait lentement sur la table, trainant derrière lui le sillage poudreux de ses grandes ailes repliées. L’après-midi tira en longueur, dans la tranquillité étouffante de cette pièce aux lambris sombres. La pénombre visqueuse d’une journée pluvieuse, lourde comme une étoffe grise et trempée qu’on aurait pressée aux vitres qui donnaient sur un jardin aux arbres nus. Les lampes dissipaient à peine cette lumière de sépulcre, dans un éclat blafard de gaz incandescent.

Trouver une femme. En trouver une comme on se trouverait un bon cheval ou un chien fidèle : finalement, on avait raison de dire que chaque être ici bas était un rouage dans un grand mécanisme bien huilé. Les rouages, ça se casse, ça se remplace, ça se jette, ça se répare sans qu’on l’on se soucie vraiment de la pièce en elle-même, tant que le mouvement est là. Et ces dames, là, n’étaient que des morceaux, elles aussi, de la grande machine de cette société bien huilée. Des pièces, pour en remplacer une autre. Comme si Ieva n’avait pas existé, comme si elle n’avait pas d’importance.

Foutaises ! Il serra le poing, les cicatrices et les tissus laiteux de la main se tendirent à s’en rompre, activant dans leur mouvement un réseau de ridules, de froissements, de rigoles qui creusaient la chair et la peau du dos de la main. Les longs doigts se tendirent, presque machinalement, vers le verre où décantait un suave mélange de liqueur d’absinthe et de sucre perlé. Dans un souffle inaudible, à peine plus qu’un déplacement d’air, Phalaena se percha sur le rebord.

— Que t’importe ce qu’elle est ou à quoi elle ressemble, glissa sa petite voix perfide. Tu n’en as cure, et tu ne t’en occuperas pas. Tu lui feras des enfants et vous serez cyniques et malheureux ensemble jusqu’à la fin de vos jours, c’est ainsi. Celle-là ou bien une autre, qu’est-ce que ça change ?

Le silence, encore, pour seule réponse. Les yeux dans le vide, l’esprit vacant : il but, encore. Phalaena avait raison. Celle-là ou une autre... Rien que des rouages : tout le monde était interchangeable, la seule valeur, c’était la fonction. Dis-moi à qui tu sers, je te dirais ce que tu vaux. Il se leva, jeta le cliché sur la table, les mélangea d’une main sûre, puis en tira une, entièrement au hasard. Il sourit à demi en voyant que c’était la jolie blonde, la fille Pirereth, qui était à nouveau sortie du lot.

— On dirait que nous allons avoir des blondinets pour rejetons, mon ami.

C’était presque aussi facile que d’acheter un animal : on présente une sélection dûment approuvée par une autorité compétente, on soupèse, on examine, on présente, on vérifie les accointances et les dispositions, et à la toute fin, cela se termine de la même façon. Le collier, la fidélité, et une grosse somme d’argent qui change de mains. Facile, facile, ça oui, et c’est à cela qu’il songeait quand il noua sa cravate face au miroir, quelques semaines plus tard.

Maintenant qu’il avait jeté son dévolu, il fallait la rencontrer, sa promise, à présent ! Que cela l'ennuyait... Il ne se mariait que pour qu'on le laisse en paix, pour sauver les apparences et, comme toujours, ravir ses doux parents. Rien de plus, mais n'était-ce pas ce que tout le monde faisait, finalement ?

— Tu as bien joué, ce matin, glissa Phalaena qui s’était posé sur son épaule. Ton père ne s’est pas aperçu que tu avais oublié le prénom de la donzelle. Cela aurait été du plus mauvais effet.

Ils ricanèrent de concert, comme de vieux complices dans la même perpétuelle plaisanterie cruelle qu’ils jouaient à l’univers. C’était l’heure d’enfiler le masque, de revêtir le costume et de tout cacher pour faire la meilleure figure possible : dans ces cas-là, Phalaena semblait se décharger de toutes ses pires boutades afin de ne pas être tenté de les proférer en public, ou pire, à la seule oreille d’Orpheo qui ne pouvait évidemment que rester impassible. Le professeur acheva le nœud, y glissa une épingle à tête d’onyx, et la glace piquetée lui renvoya l’image austère d’un grand homme à l’élégant costume noir et au sourire absent. Une raideur infime, quelque chose de sévère, presque monacal. La dignité.

Orpheo s’efforça de respirer calmement. Il enfila lentement ses fins gants de soie, rectifia le pli de sa redingote, et termina le fond d’un verre où il avait jeté quelques gouttes de laudanum. Les narcotiques faisaient leur effet, le laissaient paisible, sans pensées parasites, comme s’il allait à la dérive sur le fil du courant qui l’amenait vers là où il devait être, de la façon qu’il convenait.

— Cesse donc de penser, chuchota Phalaena. Ce n’est pas cela qu’on te demande. Contente-toi de sourire à la jeune dame, sois poli, sois courtois. Peut-être qu’elle tombera amoureuse de toi, l’idiote.

Le papillon gloussa comme une jouvencelle, et ce rire aigu, flûté et délicat comme un trille de roseau n’en fut que plus contre nature quand il s’élevait à la fin de ces monologues susurrés qui n’étaient que le reflet tangible des pensées les plus sombres d’Orpheo.

Pouvait-on vraiment dire qu’elle était déjà sa fiancée ? Tout le monde agissait comme si l’avis de la demoiselle ne comptait pas. Parce que c’était le cas, sans doute, et Orpheo s’aperçut que lui-même ne s’en souciait aucunement : si ce n’était pas elle, ce serait une autre, et baste. Il avait autre chose à songer que l’identité de la femme dont il partagerait toujours le lit à contrecœur. C’était ainsi, la vie conjugale, après tout : on serre les dents, on se rapproche dans une étreinte furtive et coupable, et on s’éloigne avec soulagement quand vient le temps des premières grossesses. On cohabite en bonne entente, autant que possible, et on s’embrasse une fois par an en rêvant à de tendres amants et de douces maîtresses.

— Allons, lança le daemon comme en réponse aux réflexions de son maître. Ne faisons pas attendre la chère enfant et le riant destin qui nous attend. J’ai hâte de savoir comment est-elle, cette jolie fleur que nous allons rendre malheureuse en ménage.

Encore un rire, un trille aigrelette lancée en l’air comme une giclée d’acide, et l’écho d’un sourire sur les lèvres d’Orpheo. La joie funeste du daemon lui mettait un peu de baume au cœur, comme toujours : il valait mieux en rire, n’est-ce pas ? En tirer le plus sombre des nectars, cette délectation de fin gourmet que c’était de trop bien savoir ce qui l’attendait, de trop bien comprendre le monde et de le désapprouver.

C’est un pas feutré, un pas de chat, qui l’annonça quand il descendit jusqu’au petit salon. On avait arrangé la rencontre juste après l’un de ses cours, et pendant que ses parents s’entretenaient avec la promise, on l’avait envoyé se changer à l’étage pour passer quelque chose de plus convenable que son veston de tweed taché de craie. Il entendait la rumeur des conversations dans la pièce d’à côté, et il y prêta l’oreille un instant, non sans sourire sombrement, avant de pousser la porte du boudoir où il était attendu.

Emeline, voilà c’était ça, son nom. Il scruta un instant son visage, et presque aussitôt quelque chose se produisit, avec l’exactitude d’un automate qui se met en marche. L’espace d’un instant, elle avait peut-être pu voir juste un grand homme sinistre et blême sous sa coiffure bien taillée, presque menaçant dans son aura vibrionnante qui hurlait comme le fantôme d’une absence ; la seconde d’après, un battement de cils, et rien de cela. Il se tenait respectueusement sur le seuil, quand bien même il était dans la demeure de ses parents, et il fit la révérence comme un gentleman avant de s’avancer vers elle pour saisir sa main avec une infinie délicatesse et d’y déposer le plus irréprochable des baisemains. Le voir évoluer donnait l’impression de voir s’animer un schéma explicatif dans un manuel de courtoisie, mais sans l’excès qui eut été cocasse ou incongru : juste ce qu’il fallait, en vérité, pour être ennuyeux à mourir. Sa face un peu pâlotte, quant à elle, n’exprimait rien, guère plus qu’un vague intérêt poli, le masque d’une insipide courtoisie.

— Je suis ravi de vous rencontrer enfin en personne, mademoiselle
.

Même sa voix profonde, au timbre agréable à l’oreille, sonnait vide, autant que les paroles sans intérêt qui s’en suivirent. Pas de vraie conversation : il monologuait ainsi qu’on lui avait appris à le faire, mais au-dedans, l’esprit tournoyait.

Oh, elle était belle, c’était indéniable, et la photographie qu’on lui avait fournie avait même été très en deçà de la réalité. Les peintres se seraient battus pour lui tirer le portrait, à cette sylphide évaporée, altière comme une princesse évanescente. Il y trouva comme une évocation de fleurs, de cette substance cireuse et pâle dont sont fait les pétales de gardénia, à peine infusée de rose, de rouge, de quelques teintes ça et là. Des cheveux comme des brins d’or tissé, des rouleaux de soie lisse qui captait dans ses rayons fragiles la lueur timide d’un soleil d’hiver, et des yeux profonds, farouches, enclos dans l’écrin velouté de cils qui battaient comme les ailes d’un papillon de fard et de brillantine. En fermant un tout petit peu les paupières, il pouvait distinguer les traits les plus essentiels, les taches de couleur, les fragments du tableau qu’on aurait pu en faire.

Ça, oui, elle était belle. Et elle était à lui, ou presque.

Phalaena, qui était jusque-là resté accroché à la pochette de sa redingote, voleta près de son oreille.

— Alors, susurra-t-il d’une voix si basse que personne d’autre ne pouvait l’entendre. Qu’est-ce que ça te fait, mon ami, de posséder une femme qui ressemble tant à un cadavre et à une fleur ?
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MessageSujet: Re: If I had a heart I could love you   Jeu 3 Mar - 14:12

If I had a heart I could love you

Parfois, sauver les apparences est indispensable

« Envoie les au diable ! Si tu veux mon avis, reste ici cet après midi. Tu ne sens pas le coup fourré ? Moi je te le dis, ça sent le traquenard à plein nez et je n'ai pas envie de voleter bien gentiment autour de papa et maman, tu sais très bien qu'ils vont encore essayer de te refourguer à un beau-brun-bien-de-sa-personne, ou au mieux, encore une fois chercher à te faire la leçon. »

Osiris avait une façon bien à lui pour rendre encore plus pénible un moment qui s'avérait d'ors et déjà chiant comme la pluie. Emeline le savait, et pourtant cette fois là elle avait l'intention de faire un effort pour la forme. Elle n'en pouvait tout simplement plus de devoir rester dans son coin à fantasmer sur un homme qu'elle ne pourrait de toute façon pas avoir tant qu'elle serait encore intacte. Assez de cacher ses sentiments et ses désirs qui se faisaient de plus en plus pressant chaque jours. Pour sûr, c'était évident ce que ses parents mijotaient.

« Sois jolie, lave tes cheveux, ôte la sciure de tes souliers et habille toi convenablement. » lui avait ordonné poliment sa mère. La jeune femme n'était pas née de la dernière pluie, à chaque fois que ses parents s’apprêtaient à lui présenter quelqu'un, c'était le même discours. Elle avait pourtant eu la paix durant de longs mois, s'étant presque imaginée qu'ils s'étaient faits à l'idée qu'elle n'épouserait personne tant qu'elle n'aurait choisi personne par elle même, mais une fois de plus ils étaient revenus à la charge. N'était-ce pas leur rôle de parents de s'inquiéter de la descendance de la famille et des qu'en dira t-on ? Une jeune femme de bonne famille toujours pas mariée à vingt deux ans passés, cela pouvait porter à ragots quant à la pureté de la donzelle en question. Et pourtant, elle même savait qu'elle était toujours si désespérément chaste.

Elle soupira un long instant avant de répondre à Osiris. Car si cette corvée était insupportable pour l'un comme pour l'autre, peut être que ce potentiel mari pourrait au moins lui servir d'un point de vue physique. Une fois déverrouillée, elle pourrait faire ce que bon lui semblerait avec qui bon lui semblerait. Attachant négligemment ses cheveux d'une tresse décoiffée, elle jeta un regard au daemon perché sur son épaule.

« Si cela t'ennuie à ce point là, tu n'as qu'à rester ici. Crois tu réellement que j'y aille de gaieté de coeur ? Quand bien même le jeune homme en question serait beau, intelligent et aurait toutes les qualités du monde, mon coeur ne lui appartiendra jamais. Ne t'en fais pas, il ne nous empêchera pas de voler. Peut être essayera t'il, je lui souhaite bon courage. »

La jeune femme ne put s'empêcher de rire un instant en imaginant son potentiel futur époux. Elle espérait qu'il aurait du courage, car la place d'Emeline était dans le ciel, et il était absolument hors de question que quiconque ne l'enferme dans une cage. Osiris croassa en signe de mécontentement

« Tu sais très bien que quand il t'aura collé un rejeton dans le bide, terminé notre petite vie à créer et imaginer des objets volants. Bonjour le pouponnage et le tirage de plume pour moi. Non, vraiment... Tu n'as pas besoin d'un mari, on s'en fiche de ce que les gens pensent de nous, après tout. »

Pour toute réponse, Emeline chassa le corbeau d'un geste de la main, les sourcils froncés. Elle n'avait pas besoin qu'il lui répète tout cela, elle même se l'était déjà suffisamment rabâché lors de chaque rencontres organisées. Elle avait pourtant fini par capituler, se forçant à être plus adulte, penser à ce qu'elle aurait à gagner à se marier. Et si pour cela elle devait faire semblant de souhaiter une famille, une descendance à faire pâlir les familles fondatrices et un potentiel à toutes épreuves, et bien soit. Elle serait la parfaite épouse en apparence. Peu importait au fond quel homme deviendrait son mari, le seul qui avait de l'importance à ses yeux et qui méritait son attention resterait toujours Alaric, quoi qu'il arrive.

Finalement prête, la jeune femme se rendit dans la maison familiale qui se trouvait à quelques dizaines de mètres de son atelier, fort heureusement. Il était vrai que cela ne faisait pas très délicat de débarquer à pied, le bas de la robe légèrement souillée par de la terre ou du sable, mais Emeline n'avait que le reflet d'une jeune femme délicate et propre sur elle. La véritable Emeline pestait intérieurement de ce corset trop serré et rêvait plus que tout de son pantalon large en cuir tellement plus confortable et ses chemises amples qui ne l'empêchaient pas de respirer. Elle s'arrêta un instant devant la grande porte de la maison Pirereth, soupira et entra sans grande conviction, non sans avoir scotché à son visage de poupée un ravissant sourire qui tromperait n'importe qui.

Visiblement soulagée de voir sa fille débarquer, la mère de la jeune femme l'a pris dans ses bras - non sans lui faire une remarque déplaisante sur l'état du bas de sa robe, comme toujours - et l'embarqua avec précipitation dans le petit salon. Elle lui colla une tasse de thé bouillant dans les mains et la fit s'asseoir de force sur un fauteuil. Ce cirque était bien rodé, elle le faisait à chaque fois et cela avait le donc d'agacer la jeune femme. Elle n'eut cependant pas le temps de réagir outre mesure, car déjà la gouvernante annonçait les invités. Si seulement la jeune femme avait été plus longue de quelques minutes seulement, peut être que la mauvaise impression aurait eu raison de ce grotesque arrangement.

Dans son rôle de jeune femme bien éduqué, Emeline figea son visage de son sourire le plus doux et le plus enjôleur alors qu'elle se levait pour accueillir les parents de son potentiel fiancé. Ce dernier se fit attendre quelques minutes de plus, et cela ne manqua pas de réjouir Osiris. Il vint se poser sur l'épaule de la jeune femme et murmurer à son oreille.

« Fais ta jeune femme indignée devant tant ce manque d'élégance, c'est une bonne excuse pour couper court à cette supercherie, Emy. »

A dire vrai, cette idée l'avait elle même effleurée mais elle se ravisa pourtant lorsqu'elle croisa par hasard le regard d'un homme derrière la porte. Il l'avait intriguée, et cela l'empêcha de crier au goujat. Lorsqu'il entra finalement à son tour, la jeune femme s'efforça de rester stoïque et comme il faut. Alaric n'avait rien à envier au nouveau venu, mais elle devait bien avouer que le jeune homme était des plus charmants. Plus d'une jeune femme de sa connaissance se seraient crêpées le chignon pour avoir ses faveurs, d'ailleurs celui lui aurait peut être permis de se débarrasser de quelques rivales. Peut être que cette mascarade serait moins désagréable que prévue, au moins elle aurait le plaisir d'avoir un mari séduisant. Cela ne faisait aucun doute que cela rendrait plus agréable la véritable raison qui la poussait à se laisser marier. Elle lui offrit son plus ravissant sourire, bien qu'elle le sentait un peu trop mielleux pour être sincère. Etait-il possible qu'il ne déplore comme elle cette situation ?

« Tout le plaisir est pour moi, mes parents m'ont beaucoup parlé de vous et j'avais hâte de vous rencontrer. »

Totalement faux, elle ne connaissait même pas son prénom, ce n'était qu'un détail que les géniteurs de la jeune femme avaient bêtement omis de lui transmettre. Peu importait, elle ne découvrirait sans aucun doute au fil de la conversation.

En bonne maîtresse de maison - du moins s'efforçait-elle à le faire croire -, elle désigna poliment les fauteuils libres de la pièce.

« Je vous en prie, ne restez pas debout. Désirez vous une tasse de thé ? »

Osiris ricana silencieusement à l'oreille de Emeline. Elle s'agaçait, il n'avait pas à lui faire comprendre qu'elle était ridicule, elle le savait très bien elle même et avait hâte de cesser ces mondanités écoeurantes.
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MessageSujet: Re: If I had a heart I could love you   Sam 5 Mar - 15:31

— Ouh la menteuse !

Les lèvres d’Orpheo se raidirent dans un tout petit sourire pointu quand la voix de Phalaena résonna une dernière fois à son oreille et que le papillon réintégra sagement la pochette de son veston, sachant que tout amusant que cela fût, il ne fallait pas pousser la plaisanterie trop loin. Personne ne pouvait entendre ce que murmurait le perfide insecte à l’oreille de son alter ego, mais sans doute un œil avisé se serait bien douté qu’il y avait des messes basses entre les deux compères, de même que le professeur se doutait bien que le corbeau de sa promise n’était pas avare en commentaires de son cru.

— C’est heureux qu’ils aient pris le soin de vous entretenir en si bons termes à mon propos, j’en suis flatté, dit-il en esquissant un sourire poli.

Si c’était vrai ou non, il n’en avait cure et de toute façon ça n’avait pas vraiment d’importance : la donzelle avait l’air aussi fade et désincarnée que toutes les autres, mais c’était aussi ce dont lui-même devait avoir l’air, après tout. Des marionnettes dans un stupide jeu d’apparences. Risible, tout ça... Si elle avait une once d’esprit, elle ne devait pas avoir meilleure opinion de lui, et c’était tout à son honneur, car il n’en méritait pas beaucoup plus.

Orpheo finit par prendre place avec un petit geste de remerciement ; comme à son habitude et sans que cela ne résulte d’un effort conscient, il semblait petit à petit grignoter tout l’espace et imposer une espèce de présence obscure et silencieuse. Il y avait quelque chose de confusément inquiétant dans cet effet subtil qui se produisait sans que l’on n’y prenne garde, un décalage surprenant entre les manières polies, la banalité du costume sombre, et cette sorte d’aura sinistre qui lui collait à la peau comme le lierre aux pierres tombales. Ça sentait le cimetière, l’obscurité, le goût trop passé de vieilles larmes, une infinité de choses qui s’insinuaient comme une eau glaciale et rendaient soudain l’atmosphère de ce petit salon bourgeois aussi étouffant et peu réjouissant que l’envers d’un caveau.

Un sourire poli lui vint à nouveau, il leva ses yeux olivâtres vers sa promis et eut un petit hochement de tête.

— J’accepte la tasse de thé avec gratitude, cette après-midi a été fort longue et le temps ne se prête guère à l’allégresse. Tout réconfort est bon à prendre par des journées pareilles.


Il avait débité ces paroles de sa belle voix mélodieuse, d’une traite, sans bouger un cil de ses yeux de glace. La gaieté feinte de ses paroles ne passait guère que pour une bienséance compassée, mais tout semblait bien incertain, comme s’il était presque possible d’entrevoir, de pressentir, le jeu feint des apparences, les noirceurs et les lueurs, ce qui relevait du jeu des apparences et ce qui existait vraiment.

L’entrevue prévoyait d’être assommante, si elle continuait sur cette note-là ; Orpheo était las, et il savait qu’il n’aurait sans doute pas la patience de se plier à ce petit jeu très longtemps. Ce serait elle, et puis baste, au moins elle était jolie.

Dans un geste las, il s’accouda au fauteuil où il avait déployé sa longue carcasse massive et appuya brièvement son front blême à ses longs doigts gantés. L’opium tournoyait encore, des arabesques fines, des poussières de paradis. Tant qu’il ferait effet, tout irait bien, mais il sentait déjà la fatigue, celle qui lui donnait à chaque fois envie de se coucher quelque part pour ne plus jamais s’en relever.

— Pardonnez ma mémoire, elle me joue des tours, reprit-il d’une voix feutrée en posant à nouveau sur elle ses beaux yeux de chat ; je ne parviens plus à me rappeler si vous exercez une quelconque activité, et la nature de celle-ci.
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MessageSujet: Re: If I had a heart I could love you   Lun 14 Mar - 23:27

If I had a heart I could love you

Parfois, sauver les apparences est indispensable

Emeline prépara une tasse de thé à leur invité-sans-nom avec une grâce sans nom et une politesse irréprochable. Elle lui tendit le récipient avant de prendre place sur le fauteuil adjacent à celui du jeune homme tandis que les parents des deux jeunes gens s'entretenaient dans leur coin, laissant à leurs enfants un semblant d'intimité pour faire connaissance. Du coin de l'oeil, Emeline remarquait pourtant la nervosité de sa mère qui ne pouvait s'empêcher de jeter des regards en coin au couple. Par ailleurs, son daemon - un majestueux héron - s'était posté à une distance respectable mais non moins indiscrète des deux jeunes gens. Il ne faisait aucun doute que les instructions de la maîtresse de maison avaient été strictes : ne pas perdre une miette de la conversation fade et insipide que les promis devraient échanger.

Tâchant d'oublier quelque peu la situation pesante qui régnait entre eux, Emeline avala une petite gorgée de thé chaud alors que le jeune homme la questionnait sur sa profession. Elle était plutôt contente de cette question, bien qu'elle n'aimait pas vraiment parler d'elle même, Emy adorait converser sur sa passion.

« Je travaille, en effet. Je suis ingénieure en aéronautique, fraîchement sortie de l'école mais non moins impliquée dans l'affaire familiale. Je... crée tout un tas d'objets volants, des maquettes ou des croquis qui pourraient révolutionner les transports à Balgram. Du moins l'ose l'espérer. »

Évoquant son métier, son sourire hypocrite s'était peu à peu métamorphosé en sourire sincère. Evidemment, elle ignorait totalement le passé du jeune homme en face d'elle concernant les prototypes volants, aussi elle avait surement eu l'indélicatesse de mettre les pieds dans le plat. Etait il possible de trouver deux êtres aussi peu destinés à se marier ? Son égarement fut cependant de courte durée, sirotant une nouvelle gorgée de liquide, elle se devait de rendre la politesse à son interlocuteur dont elle n'avait toujours pas réussi à saisir le prénom dans la conversation des parents. Pourtant, elle laissait traîner ses oreilles en espérant l'entendre prononcer.

« Et vous, quel est votre profession ? »

Attendant sa réponse, elle pris un instant pour détailler de manière plus détendue le jeune homme devant elle. A mesure que les minutes passaient, elle le trouvait de plus en plus séduisant. Elle n'était pas prête à se laisser aller à admettre que ses parents avaient eu raison d'organiser cette réunion - elle avait trop de fierté pour cela, après tout - mais elle était décidé à tester quelque peu la résistance et les réactions de son invité. Si elle le faisait fuir, et bien elle gagnerait sans doute un sermon. S'il semblait réceptif, peut être valait-il le coup après tout, elle espérait simplement ne pas passer pour une femme trop peu convenable - quoi qu'à bien y réfléchir, elle s'en fichait pas mal, elle était la femme qu'elle était, et si vraiment elle devait finir par se marier de manière arrangée, la moindre des choses était de trouver un homme capable de ne pas s'offusquer des manières parfois peu féminines de la jeune femme.

« Que diriez vous de continuer cette conversation à mon bras en extérieur ? Cela serait probablement moins formel et plus agréable. »
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MessageSujet: Re: If I had a heart I could love you   Jeu 31 Mar - 12:32

Parfois, il était presque agréable de se laisser aller. Brancher le pilote automatique, se laisser guider par des années de comportements formatés, appris par coeur jusqu'à ce qu'ils deviennent une seconde nature, comme un costume de chair dans lequel il se glissait, comme si tout perdait de sa réalité pour se diluer tout autour de lui. Le corps agissait, l'âme vaguait ailleurs, se défaisait dans le néant. La drogue avait tout apaisé.

Le thé même semblait insipide, et pas seulement parce qu'il devait être mal préparé.

Il sourit, comme un automate. Phalaena battit des ailes, s'agita faiblement comme une commère qui se retient à grand peine d'aller persifler à l'oreille de son prochain. Une ingénieure ? Oh, par la Poussière, pourquoi fallait-il qu'il en choisisse une qui risquait de finir comme Ieva ?

Orpheo n'eut même pas besoin de la voix de son daemon pour que la pensée, insidieuse, glaciale et rampante comme un cloporte hérissé de culpabilité s'insinue jusqu'aux tréfonds de son cerveau :

« Oui, mais elle, tu t'en fiche »

Il aurait pu être peiné, il aurait pu avoir peur, il aurait pu ressentir quelque chose à entendre cela, qui lui rappelait un peu sa Ieva, et puis il se rappela que de coeur, il n'en avait plus, et se contenta d'un hochement de tête poli.

- Nous allons avoir beaucoup de choses à nous dire alors, dit-il en laissant les commissures de sa bouche demeurer en l'air, comme suspendues à des fils, alors que ses yeux demeuraient froids comme des pierres. J'enseigne moi-même la physique et j'ai toujours été passionné par les choses qui volent.

Passionné comme une brique, en vérité, à le voir : ce mot jurait horriblement dans sa bouche. Il le prononçait avec autant de naturel qu'un lombric parlerait du plein jour et de la lueur des étoiles, comme quelqu'un qui en ignore tout du sens.

Et puis, quelque chose fusa, très bref, vif comme la piqure d'une aiguille qui perturba l'espace d'un instant le tracé bien net et plus policé de son sourire de porcelaine. Ce fut un froissement, l'esquisse d'un rictus, presque rien, juste une étincelle d'amusement dans ses yeux incertains, quand la donzelle proposa une promenade en extérieur, et il tendit presque l'oreille dans l'espoir d'entendre un hoquet de surprise ou d'indignation venant de l'un ou de l'autre couple parental, mais las, rien. Fallait-il croire que la vertu sinistre du professeur avait déjà eu raison des réticences et qu'il ne semblait rien pouvoir se passer d'inconvenant entre les futurs fiancés…

Il en fut presque déçu, tiens, et il put presque percevoir la contrariété de Phalaena qui se délectait si bien des trop rares instants où quelqu'un avait le loisir de choquer ces gens très bien, puisque le daemon et son alter-ego en étaient privés depuis si longtemps.

- Bien volontiers, répondit Orpheo en posant délicatement sa tasse sans sa coupelle, sur la tablette près de lui. Le temps n'est pas idéal, mais il est toujours plaisant de prendre l'air.

Un petit hochement de tête entendu fut adressé à la jeune femme quand il se leva, comme s'il tentait de lui faire savoir qu'il avait tout à fait compris ce qu'elle voulait faire, et qu'il approuvait tout à fait cela.

Sans tarder, et non sans avoir consulté, pour la forme, ses propres parents, Orpheo s'empressa de passer son manteau et son chapeau avant d'aider sa future fiancée à enfiler les siens. Au dehors, l'averse avait cessé, mais elle menaçait toujours de ses nuées lourdes comme des poches de coton tuméfié. Tout était gris : le ciel, la ville, les murs, les pierres, les arbres, les plantes. Gris, gris souris, gris délavé, gris de pierre, de cendre, d'eau gisante, de bitume, de brouillard, de suie, de fumée.

Ce n'était que les jours de pluie que le monde montrait son vrai visage : un vaste continuum de vide, un camaïeux incertain, sans éclat, sans importance. Dans cette lumière lourde de fin d'après-midi, même la flamme du briquet allumé avec une infinie précaution par Orpheo semblait être ternie. Il alluma une cigarette, maîtrisant avec stoïcisme le tremblement de ses mains gantées, et comme toujours, ne s'autorisa à reprendre son souffle que lorsque la flamme fut éteinte.

- Je vous suis,
dit-il en exhalant un long nuage bleuté.
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If I had a heart I could love you
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