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❧ AVATAR : Jenna Louise Coleman
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Mes petits secrets
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MessageSujet: Hilfe !   Sam 14 Nov - 14:02

Un hurlement perce le silence, se répercutant contre les murs métalliques encore et encore sans espoir de s’échapper, et l’homme assis sur le tapis roulant sourit, satisfait. La lueur tremblante de l’ampoule dénudée jette des ombres le long des machines à l’arrêt et plonge les angles de son visage dans l’obscurité, pommettes hautes prêtes à déchirer la fine peau marbrée de rosacée. Si mélodieux, si cacophonique… Quel hurlement sublime que celui du jouet suspendu dans les airs au milieu de la pièce, chaînes et sangles le changeant de vulgaire sac de viande à œuvre d’art prête à être peinte et transformée.

Le sol détrempé clapote tandis qu’il se rapproche, tournant un instant autour de sa toile et posant un œil approbateur sur les hanches saillantes et les membres osseux, les cheveux graisseux et les ongles rongés jusqu’au sang. Tant de défauts, d’imperfections, parfait prototype de la lie qui prolifère dans sa bien-aimée ville sous le regard bovin des autorités. Elle servira de message, prologue à son œuvre. Elle deviendra belle, si belle... elle aveuglera quiconque la verra, et ils se presseront à sa recherche et trébucheront jusque dans ses bras bienveillants qui les transcenderont à leur tour. Et enfin, la cité redeviendra le sanctuaire de son enfance.

Mais pour l'instant, il doit travailler, ou tout ses efforts seront en vain. Il sifflote tandis que le pantin tente de se débattre au-dessus de lui, observant l'eau monter dans le large bac qui servira de baignoire, lèvre se recourbant sur elle-même alors qu'il peut déjà imaginer le corps osseux se débattre sous la surface, répandant l'eau et la mousse parfumée sur le sol, inhalant le liquide brûlant et le recrachant, tentant encore et encore d'échapper à la noyade et à la brosse métallique qui nettoiera sa peau et teintera l'eau de crasse et de sang, encore et encore, jusqu'à ce que le bloc d'argile soit propre, paupières déchirées, larmes invisibles se perdant dans l'eau. Première étape qui la changera à jamais, fera d'elle une chose digne d'être vue. Quel dommage qu'elle soit trop stupide pour apprécier sa vision... sa première œuvre aurait dû être là volontairement, au lieu de devoir être appâtée et piégée comme un vulgaire rat.

Il se recule tandis que l'eau clapote et se renverse, sa création tremblante en émergeant en toussant, rivières de sang et d'eau coulant contre son corps émacié. Sa gratitude en voyant la serviette épaisse et chaude qu'il lui tend est pathétique, vraiment. Comment de telles créatures peuvent-elles seulement exister ? Effrayées, éplorées, écartelées entre leurs désirés et leurs limites, avides de conforts et pourtant incapables de se lever et de partir à leurs recherches. Elles sont telles des tiques, des sangsues, suçant et suçant et suçant le sang de sa ville, déterminées à ne lâcher prise que lorsque la source se tarira. Il doit les traiter comme ce qu'ils sont.Des objets inutiles, des êtres néfastes, des rebuts. Ils ont de la chance. Son art a toujours aimé les rebuts. Les pinces et le chalumeau qui offraient une seconde vie au métal rouillé sauront ouvrir les portes de l'éternité à ces nouveaux matériaux. En servant son art, ils accompliront plus qu'ils n'ont accompli durant leur vie toute entière.

Un instant, la manne blonde qui lui sert de chevelure envahit son champ de vision, boucles voletant tandis qu'il secoue violemment la tête et replace ses pensées sur l'axe qui est le leur. Il ne faut pas qu'il aille trop vite. Achever cette œuvre, avant de penser aux suivantes. Mais il ne peut pas aider l'excitation qui monte, et son matériau semble s'en rendre compte, reculant tandis qu'il l'approche, sourire enchanteur aux lèvres. Bien. Elle a un certain instinct de survie. C'est bien.

Ça ne la sauvera pas. Il est plus que temps qu'elle abdique devant sa supériorité et accepte son rôle.

Quelques minutes lui suffisent pour piéger son canevas contre une machine, mains se refermant telles des menottes autour de ses poignets et l'entraînant à sa suite, et il ne lui faut guère plus longtemps pour remettre la toile à sa place, bras accrochés au-dessus de sa tête, chaîne se tendant lentement tandis que le crochet monte et monte, pieds abimés se soulevant du sol jusqu'à ce que les orteils seuls le touchent. Parfait. Il ne peut retenir un soupir de bonheur en observant le résultat. Parfait. Il est temps désormais de se mettre au travail. Inutile de mettre de la musique, cette fois. Le matériel haletant et gémissant, suppliant et larmoyant, lui offre la bande-son parfaite, et déjà l'inspiration lui noue les reins.

Lentement, il polit le bloc, s'assurant d'en ôter toutes les irrégularités, de rendre sa toile parfaitement lisse. Les bandes de cire s'accumulent au sol tandis que les sanglots et cris rythment ses gestes, la vision de la chair rougie et minuscules grenats perlant à sa surface lui tirant un sourire satisfait. Enfin la surface est prête, bandes usées délaissées dans un seau tandis que sa main se referme autour d'une tondeuse au poids agréablement lourd au creux de sa paume. Un rire lui échappe en voyant sa future œuvre tenter de se reculer. Sûrement elle ne pense pas pouvoir lui échapper ? Sûrement elle ne pense pas qu'il va la laisser souiller sa création avec ses mèches sombres et ternes, parfait reflet de la créature inutile qu'elle est ? Ce serait absurde. Il lui a besoin d'un matériel parfait, et ce crin rêche est la preuve même de son imperfection. Non, il doit disparaître. La tondeuse gronde entre ses mains tandis qu'il force le pantin à incliner le visage, posture soumise lui tirant un long son de satisfaction. Cette soumission est son dû.

Les heures passent tandis qu'il travaille, veillant à prendre des pauses pour contempler sa progression, gémissements, cris et sanglots se faisant de plus en plus faibles, jusqu'à laisser place à un silence seulement brisé par le son de ses instruments. Les ailes d'ivoire émergent lentement de l'argile, éponge humide leur rendant leur opaque pâleur sans même qu'un son de protestation échappe à son chef d’œuvre. Elle a donc accepté sa place. Ses gestes se font plus délicats encore en récompense, avant qu'il ne glisse une paille entre les lèvres déchirée, yeux vitreux tentant en vain de se fixer sur lui. Il faudra qu'il les remplace. Leur rougeur est inacceptable. Mais pour l'instant, il laisse sa création s'abreuver, souriant de la voir si soumise et caressant sa tête nue avant de reposer la coupe au sol et de retourner à sa tâche.

Enfin il repose ses ciseaux, se reculant et observant sa si parfaite création, délicate structure de fer rouillé encerclant l'ivoire mis à jour comme les restes d'argile. Il est regrettable qu'il lui ait fallu éliminer les sillons grenats qui parcouraient son œuvre, mais la manière dont ils se sont si vite abimés, perdant leur éclat sombre, ne lui a pas laissé le choix. Il se console en admirant le jaspe des gencives offert à la vue de tous, les billes de calcédoine bleuâtre à l'éclat vitreux. Bientôt, bientôt chacun pourra l'admirer. Bientôt, bientôt, son travail commencera véritablement.
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