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Mes petits secrets
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MessageSujet: Need Help   Jeu 12 Nov - 18:02

Bon j'ai fait un truc immonde et probablement imbuvable pour le concours (bon en vrai j'ai juste fait un c/c de ma fiction) mais du coup je me tâte et j'ai besoin d'aide, est-ce que tu trouves que le côté méchant passe trop à la trappe ? (Sachant que le héros est un monstre, mais que bon faut bien commencer par le début et la source de son comportement) NE LIS PAS TOUT HEIN c'est un pavé monstrueux là  Bref sois honnête, je peux retenter un autre truc ce weekend, mais j'ai besoin d'un avis

Citation :

PROLOGUE

Goût âcre et métallique au fond de la gorge. Douleur acide et craquement des os. Une sensation atroce et mordante qui vous ronge petit à petit, vous léchant de l'intérieur dans un brasier qui semble vous réduire en cendres. Avez-vous déjà ressenti une souffrance si intense que vous accueilleriez la mort à bras ouvert ? La sensation horrible que tout vos os implosent en mille morceaux, qu'une main se saisit de vos entrailles pour les extraire de votre corps. Un mal vous dévorant jusqu'à la moelle et que vous n'arrivez pas à maîtriser, car cela s'amplifie à chaque seconde, chaque minute.

Hélas dans mon cas cette douleur physique aussi abominable soit-elle, me retirant lentement les restes de mon humanité, n'était rien comparé à la blessure que m'avait procuré la perte de l'être le plus cher. Tout mon monde s'était effondré. J'étais toujours en vie, suppliant la mort d'en finir avec cette véritable torture qui venait s'ajouter à ce trou béant invisible dans ma poitrine, mais je savais que c'était impossible, il était déjà trop tard pour posséder ce privilège. En cet instant même, je mourais. J'étais en train de devenir un monstre. Un monstre immortel et dépourvu d'âme servant Lucifer en tant que disciple et tout ça dans un seul et unique but; la vengeance. Je devenais la bête, le démon infernal aux crocs et aux griffes tranchants comme le diamant, je devenais le tueur, celui qui répandrait le sang à jamais, dévorerait la vie et rendrait la terre écarlate. J'allais renverser des royaumes et devenir roi à mon tour.  

Un oiseau s'envola dans un battement d'aile furtif. Une créature fragile malgré sa liberté. Un animal majestueux malgré sa taille. Seulement l'oiseau n'est autre qu'une proie dans ce monde. Une proie si faible à l’affût du moindre prédateur, prêt à s'envoler pour échapper à la mort inévitable de tout être vivant. Mais celui-ci aura beau s'évader ailleurs dans sa course effrénée, il finira incontestablement rattrapé par la mort elle-même. Tous, nous sommes tous condamnés. Naître pour ensuite mourir, une ironie du sort qui nous est réservé. Sauf pour les Démons dont les âmes sont piégés dans les griffes du déchu lui-même.

Ce pauvre rouge-gorge fut la dernière vision qui s'imposa à mon regard alors qu'un ultime battement de cœur raisonna dans mon être, faisant défiler ma pauvre existence sous mes paupières en l'espace d'une palpitation.
CHAPITRE I

Le souffle glacial de la nuit envahit la ruelle, laissant une faible pluie s'abattre sur le sol en dissimulant les odeurs nauséabondes du bourg. On aurait presque pu croire que les demeures à colombages menaçaient de s'écrouler, voulant tomber sur le sol humide et sale. L'endroit pleurait, le vent laissait croire qu'il éclatait en sanglot lorsqu'il s'engouffrait dans le coupe-gorge. La désolation, le chaos, tout ça dans une ville qui avait accueilli la joie de ses habitants quelques heures plus tôt, à l'heure où le soleil éloigne les Démons et où la vie reprend le dessus. J'ignore pourquoi je me trouvais dans cet endroit maudit, là où les brigands n'hésitent pas à tuer pour voler quelques pièces ou bijoux. Je ne sus pas pourquoi je n'étais pas rentré dans une demeure, d'ailleurs où pouvais-je aller ? Cette ville n'était pas la mienne, elle était bien trop grande et j'avais l'impression d'être un véritable fugitif qui devait fuir on ne sait quoi. Incapable de faire un pas de plus, à croire que mes jambes frêles ne tenaient que par miracle, je me trouvais là, au milieu de ce  véritable cul de sac qui ne présageait rien de bon. Fixant l'unique issue qui menait vers la corporation des tanneurs, je ne pus m'empêcher de reculer d'un pas en arrière, me heurtant au mur de torchis qui indiquait que je n'étais qu'une proie cernée par son prédateur. Mon regard dilaté se posa sur l'être qui venait de sortir de nulle part, les ailes sombres à l'envergure impressionnante d'éployées de part et d'autre du dos d'une jeune femme. Oui, il s'agissait d'une femme, ou plutôt d'un être féminin d'une grande beauté qui affichait le visage de l'innocence même, mais en vérité, il s'agissait là d'un véritable Démon qui avait besoin de tuer pour assurer sa propre survie. Son plumage s'envola, ce qui la rendit plus humaine malgré sa peau excessivement pâle qui tranchait avec les longues boucles brunes qui retombaient sur ses épaules. Étrangement, j'avais cette impression d'être en sécurité, qu'elle allait me protéger, réparer une blessure creusée au sein de mon être, effacer les folies et les cauchemars. Je désirais sa force, ses dons et son immortalité, j'aspirais à sa vie de crimes quotidiens. Quelque chose ne tournait visiblement plus rond dans mon crâne, j'étais devenu sot. L'étrange brune s'avança d'une démarche gracieuse, sa robe blanche flottant avec légèreté malgré le vent glacial et la pluie. Un fantôme, ce fut le seul mot qui me vint à l'esprit. Le regard marron de la belle créature captura le mien lorsqu'elle fut à un unique pas de distance. Son sourire dévoila quatre crocs acérés, tandis que son regard d'un brun brillant vira à l'écarlate. Sa main blafarde aux ongles pointus à la manière de griffes finit par se lever, ses gestes possédaient une véritable harmonie empreint d'une grande sensualité et douceur. Je n'avais pas peur, chose on ne peut plus anormale. Ses doigts semblaient m'appeler, m'inviter à les saisir pour accepter une sorte d'invitation. Confiant, probablement suicidaire et ne guidant plus mon corps, j'avançais d'un pas assuré, faisant disparaître la distance qui me séparait la démone aux boucles brunes. « Accepte l'immortalité » souffla-t-elle une fois au creux de mon oreille. Son souffle glacial me fit frémir, oh pas d'horreur, seulement à cause de la température trop basse qui rappelait le vent qui poussait ses plaintes. « Oui » Ma réponse avait été prononcée clairement, contre mon gré bien entendu, jamais je n'aurais osé me rebeller et refuser la Dogme religieuse. C'est à cet instant que je compris, j'étais extérieur à la scène et n'avait jusque-là rien remarqué. Chose étrange qui me laissait croire que j'avais bel et bien perdu mon âme, j'étais l'âme et mon corps courait tout droit vers le sacrilège, vers une chose affreuse. La Démone esquissa un sourire satisfait tandis que mon visage affichait un sourire de tortionnaire alors que je tentais de ramener ce corps à la raison. J'étais sale, les cheveux gras et emmêlés, une barbe de quelques jours fleurissant sur mon menton, les vêtements déchirés et usés jusqu'à la corde. Que m'était-il arrivé ? La brune sortit une dague d'argent qu'elle avait dissimulé dans sa robe, elle la leva en direction du ciel pour l'abattre. Au même moment, ce dernier se déchira, laissant un éclair blanc zébrer entre les nuages qui tapissaient la nuit.

« Non ! »
C'est avec un soupir de soulagement que je retrouvais un lieu familier. La pièce commune transformée en chambre pour la nuit était devenue un lieu on ne peut plus rassurant. Je jetais un rapide coup d'œil à mon père qui dormait un peu plus loin dans sa couche de paille, par chance, mon cri ne l'avait pas éveillé. C'est alors que je pris conscience que j'étais trempé, que la sueur dégoulinait le long de mon front et semblait avoir dévalé mon corps tout entier. J'avais grand besoin d'un bol d'air frais, de respirer. Je n'avais jamais aimé les cauchemars, chaque nuit c'était pareil. Depuis des jours, la Démone hantait mes songes et je savais qu'elle reviendrait si je fermais à nouveau l'œil. Doucement, je descendis la couverture à mes pieds pour rejoindre la fenêtre, trop préoccupé pour retrouver le sommeil. La pluie tombait, ce qui allait soulager les paysans pour leurs récoltes, pour notre survie surtout. La sécheresse avait gagné le pays, il se mourait peu à peu, laissant la misère gagner les bourgs et autres villages. La fraîcheur de la nuit finit par m'apaiser au bout de longues minutes. Certains pensent que les songes sont des images du futur, d'autres qu'ils sont des messages envoyés par l'enfer. Malheureusement, vu la nature de ces cauchemars, je doutais fort qu'ils soient bénéfiques. Je sentais pertinemment que quelque chose allait se produire, que certaines légendes n'étaient pas que de simples histoires contées par les marchands lors des foires annuelles. L'une d'elle me revint en tête, celle de ces démons dont la venue est signalée par un grand nombre de corbeaux. Faucheurs d'âmes. Du moins c'est le nom que les hommes ont trouvés puisque tel est leur destin. Certains racontent qu'ils doivent tuer un certain nombre de victimes toutes les nuits pour ne pas devenir des bêtes sauvages et devenir poussière, d'autres qu'ils sont des corps ayant perdu leurs âmes dans un pacte contre le Diable. Dans tous les cas, cette invitation au mal onirique ne me disait rien qui vaille. Un bâillement s'échappa de mes lèvres, l'aube était loin de se lever et je devais regagner ma couche avant d'être traité d'hérétique ou de sorcier. Las de ce sommeil qui n'était jamais paisible, je me glissais entre la paille et la toile de jute irritante qui me servait de couverture. Les yeux clos, je finis par sombrer dans l'inconscience.

« Ne mortem tumeritis » susurra cette voix délicieusement sensuelle à mon oreille. Les doigts blafards de la brune se glissèrent les longs de mon cou pour atterrir dans mes cheveux emmêlés. Je fus de nouveau à l'extérieur de la scène, spectateur attristé de cette bien étrange situation. Un pacte avait été scellé, nous étions semblables, pâles comme des morts avec ce vide dans le regard, désormais de couleur or, qui indiquait clairement que toute humanité avait disparue. Du sang, il y en avait partout, c'était abominable, une scène plus que chaotique. Combien de victimes y avait-il eu? Les traces laissées sur le sol et sur mon corps aux vêtements arrachés témoignaient que j'étais le coupable de ces atrocités qui devaient avoir été d'une violence extrême, je ne semblait en éprouver aucun remord, allant même jusqu'à en esquisser un sourire en coin carnassier. C'était monstrueux, j'étais monstrueux. Une main sanglante se posa sur une jeune femme en pleure, une roturière rescapée et perdue dans la nuit tandis que la démone souffla d'autres encouragements. La pauvre fille ne pouvait fuir devant deux prédateurs animés d'une force infernale. En une seconde à peine, ce fut le coup fatal.

Ce fut le sursaut définitif. Cette fois, fort heureusement, la lumière matinale baignait mon visage, le caressant avec douceur pour me rassurer, me montrer que mon combat de cette nuit contre mes songes était terminé. Poussant un long soupir, je finis par sortir de ma couchette en traînant les pieds jusqu'à la petite bassine d'eau sur la commode surplombée d'un miroir qui avait déjà bien vécu. J'enfouis mes mains dans l'eau trouble en les passant ensuite sur mon visage histoire de me rafraîchir légèrement, laissant les gouttes d'eau se confondre avec la sueur nocturne. J'attrapais ensuite ma vieille chemise de lin d'un blanc jaunie par l'usure, la seule que je possédais et l'enfilai tout en jetant un coup d'œil au miroir qui me renvoyait mon reflet. J'avais des cernes bleues sous les yeux, comme si on m'avait donné deux coups de poing au dessus du nez. Continuant mon inventaire de moi même, je croisais mon regard saphir, ce qui me laissa échapper un soupire de soulagement. Ma bouche, arborait deux longues fines lèvres qui se finissaient aux commissures par deux petites fossettes, par chance ces dernières ne dissimulaient aucune dent pointue. Je passai ensuite à mes cheveux d'un noir de jais, recouverts de poussière et entremêlés malgré le fait qu'ils soient lisses et plutôt courts. Ramenant mes deux mains sur le haut de mon crâne, je me mis à secouer ma tignasse histoire de faire tomber le surplus de crasses. Je contemplais ensuite le résultat d'un air satisfait en redescendant ma chemise légèrement, bientôt trop petite pour mon corps qui finissait sa croissance tant bien que mal. En fait, j'avais du mal à me l'avouer, mais j'étais beau, très même, c'était effrayant lorsqu'on repensait à l'étrange beauté de mes songes. Pourtant je n'avais jamais été prétentieux, loin de là. Et puis qui voudrait d'un beau jeune homme qui vivait seul avec son père, croulant sous les dettes et dont personne ne veut pour marier sa fille? Voilà peut-être ce que voulais dire mon rêve, que j'étais bon pour finir seul et sénile.

Je finis par quitter mon reflet, saisissant la bassine pour jeter l'eau sale par la fenêtre afin qu'elle s'écoule au milieu de la rue. Je me rendis vite compte que je venais d'éclabousser une jeune femme à la chevelure rougeoyante. Cette dernière, soudainement outrée, releva la tête tout en cherchant le coupable histoire de lui passer un savon. Elle finit par croiser mon regard et leva les yeux au ciel d'un air blasé. C'était la fille de boulanger, Béryl, une rouquine pétillante, pleine de malice qui était incapable de tenir en place. Elle devait probablement être sortie pour venir me chercher comme toujours. Les temps étaient rudes et il n'était pas bon pour une demoiselle de se promener seule. Aussi loin que je m'en souvienne, nous avions toujours été amis, bien que nos parents ne voyaient pas ça d'un bon œil, mais ils avaient fini par s'y habituer. De toutes les femmes d'Eadlegrad, la seule que j'appréciai réellement était Béryl, je n'aurais pas été contre de l'avoir comme femme, mais cette décision ne nous appartenais pas. De toute manière, je la considérait plus comme une sœur que comme une compagne. Je l'aimais, certes, mais pas de manière à devenir son mari. Puis elle était promise à un jeune serviteur du château qu'elle n'avait encore jamais rencontré.

Je fis un signe à la jeune rousse avant de descendre dans la boutique rejoindre mon père et la demoiselle qui venait d'y entrer. Mon géniteur était déjà au travail, actionnant son tour avec son pied tout en laissant ses doigts moduler l'argile afin d'en faire une jarre. Il jeta à peine un œil à Béryl et moi en nous saluant avant de replonger dans sa besogne. Mon père semblait de plus en plus distant au fil des ans, se renfermant sur lui-même en travaillant trop. Certes vu la fortune familiale nous n'avions pas le choix. Nous étions seuls dans cette ville, la plupart de la population préférant nous éviter. Notre famille avait toujours été marquée par les tragédies et cette réputation nous avait valu notre nom, Abysmal, autrement dis « épouvantable ». Pourtant au départ, mon père semblait avoir eu tout ce dont il désirait : la femme qu'il aimait, une grande réputation en tant que potier, il avait été maître d'une corporation, un fils, une famille, la protection du seigneur. Mais tout cela avait bien changé, la gloire et la renommée avait été emportées avec ma mère sept ans auparavant.

- Tu aurais pu faire attention Randall, encore un peu et je finissais trempée ! S'indigna soudainement la jeune femme qui venait de croiser les bras sur sa poitrine.
- Excuses-moi, j'ai été distrait, répliquais-je toujours gêné de ce que j'avais fait quelques minutes plus tôt, qu'est-ce qui t'amène donc si tôt ?
- A vrai dire mon père m'envoyait chercher du bois et je voulais voir si tu avais un peu de temps pour m'accompagner en échange d'un pain bien entendu !

Elle finit par esquisser un sourire tout en sortant un grand pain tout rond de son panier pour le déposer sur le comptoir de notre petit atelier familial. Elle savait très bien que cet argument fonctionnait et que mon père m'aurait alors poussé dehors de force même si cela signifiait ne pas travailler durant une journée. Ce n'étais pas tous les jours que nous pouvions nous permettre un pain bien frais. De toute manière la boutique ne fonctionnait pas bien et que je sois là ou non ne changeait rien. Puis le père de Béryl nous aurait fourni cent pains s'il fallait pour que sa fille ne finisse pas en forêt toute seule. Esquissant un sourire à mon tour, je jetais un coup d'œil à mon père qui me fit un signe discret afin que je dispose et accompagne la demoiselle. Attrapant ma cape au vol, nous sortîmes afin de déambuler dans les rues.

Dehors, la vie s'éveillait peu à peu dans les rues d'Eadlegrad ; les marchands aguichaient déjà les passants pour qu'ils viennent dans leurs commerces. Sur la place, les femmes frottaient le linge tout en se racontant les potins du jour et les chariots quotidiens de cadavres déambulaient les rues. Leur nombre augmentaient de jour en jour et les habitants commençaient à s'inquiéter. Tous se mirent à chuchoter en voyant les corps sans vie et empilés déambuler dans ce cortège funèbre qui me fit froid dans le dos. Oh ce n'était guère la maladie, mais bien d'odieux crimes et beaucoup pensaient que le diable était derrière toutes ses morts. Les « Démons », les « Faucheurs d'âmes », voilà les rumeurs qui couraient désormais. Mon rêve me revint en tête, je sentais mes mains devenir moites en revoyant mon visage au sourire macabre. Béryl semblait remarquer mon malaise et attrapa mon bras tout en pressant le pas en direction des remparts. Les portes s'ouvrirent enfin et les arbres, majestueux, apparurent. A vrai dire aller dans la forêt signifiait aussi autre chose que ramasser du bois. En effet, la chasse clandestine était devenue l'une de mes spécialités et rapporter quelques animaux au boucher permettait d'avoir quelques pièces en plus. Nous avancions en nous éloignant du sentier afin que je puisse aller dénicher l'arc que je prenais à chaque fois soin de cacher dans un arbre. Le tout à l'abri des regards, car si le seigneur savait que je venais chasser sur ses terres, il me ferait probablement couper les mains. Béryl attendit patiemment que je redescende, commençant déjà à récolter quelques branches que je venais de faire tomber dans mon escalade. Plus vite elle aurait fini, plus vite nous pourrions chasser et ainsi avoir plus de viande à rapporter. Surtout que je n'étais pas dans mon assiette et qu'elle était experte pour voir s'il y avait un problème. Elle me connaissait beaucoup trop bien, c'était embêtant, comme rassurant, mais au moins je savais que je pouvais me confier à elle et que mes confessions resteront entre nous, tout comme l'inverse d'ailleurs.

Je finis tout de même par garder mon mal-être tout le temps de sa récolte, m'étant éloigné quelque peu pour chercher les traces d'une éventuelle biche, si j'avais de la chance, ou ne serais-ce qu'un faisant, voir un lapin. Certes ramener une biche ou un sanglier était plus compliqué que de rapporter un lièvre dans le bourg, surtout si certains patrouilleurs du seigneur se baladaient dans les environs. Béryl finit par me rejoindre au moment où je venais de dénicher les traces fraîches d'un lièvre probablement assez gros vu la profondeur de ses empreintes dans la terre encore humide grâce à la rosée. Je décochais une flèche, tendant mon arc, prêt à tirer au moindre mouvement. Béryl était aussi silencieuse que moi, habituée à me voir chasser bien qu'elle manquait a chaque fois sa cible et préférait donc me laisser cette mission. Ce ne fut qu'au bout de longues minutes que nous finîmes par trouver le lièvre. Il quêtait les alentours, alerté par un éventuel danger, probablement en sentent nos odeurs. Béryl resta en retrait, ce qui me laissait plus de chance de l'avoir. Vif et silencieux, je tirais sur le cordage du bout de mes doigts, les yeux toujours rivés sur l'animal dont les oreilles attendaient un signal d'alerte pour s'enfuir. Et la flèche partit toute seule, filant pour atterrir dans le corps du petit être en moins d'une seconde. Le lièvre brun s'écroula et se fut le soulagement. Ma compagne me félicita tandis que j'allais chercher mon trophée en le maintenant fièrement par les oreilles.

- Il est bien gras, on en tirera au moins cinq pièces d'argent, fis-je tout en ôtant la flèche de l'animal. Mon regard croisa celui de la rousse, chose que je n'aurais pas du faire puisqu'elle descella mes inquiétudes que je tentais de dissimuler depuis de trop longues minutes.
- Quelque chose ne va pas Randall ? S'inquiéta-t-elle soudain.

Elle me rejoint tout en m'interrogeant du regard. Lui mentir serait stupide de ma part. Elle finit par attraper le lièvre mort pour le dissimuler dans son panier, enrobé d'un morceau de tissus sur les brindilles. Son regard se posa alors à nouveau sur moi, un regard émeraude qui la caractérisait bien, emplit de malice et sûre d'elle. Je ne pouvais que céder.

- Ça va, tu as gagnée ! Capitulais-je en soupirant. Je lui fit signe d'avancer histoire que je déniche la piste d'un autre animal le temps de lui raconter ce que j'avais sur le cœur. « Ça fait quelques nuit que quelque chose me hante. En fait il s'agit d'un songe, à chaque fois le même et je doute qu'il soit juste là pour m'effrayer. » Je jetais un œil sur elle histoire de m'assurer qu'elle suivait toujours. « Tu vois cette vieille histoire, celle que nos parents et les marchands nous racontent pour qu'on ne traîne pas dehors la nuit, celle des Faucheurs d'âmes envoyés pas les démons ? Et bien l'un d'entre eux me tourmente, il veut que je l'accompagne dans sa chute, dans ses crimes. 
- Tu ne devrais pas t'inquiéter pour si peu ! Ce sont tous ces cadavres qui te montent à la tête, rien de plus . Je ne pense pas que tu aies à avoir peur, me coupa-t-elle. Je ne crois pas à toutes ces histoires de Démons ou autres créatures, ce ne sont que des prétextes que les gens se sont donnés pour ne pas accuser les marionnettes du seigneur Mope. Tout le monde sait qu'il se passe des choses au château et à Eadlegrad dont il est le coupable.
- Peut-être que tu as raison, répliquais-je en méditant, mais dans ce songe, je finis par accepter cette vie horrible Béryl, je doute que ce soit un bon présage.
- On verra bien, mais tu ne devrais pas te pourrir la vie pour un simple cauchemar qui revient. Tous les enfants rêvent du méchant loup durant des nuits, mais ce n'est pas pour autant qu'il vient les dévorer.

Je pris le temps de réfléchir quelques secondes à la question, après tout elle avait probablement raison. Puis ces cadavres pouvaient bien être l'œuvre du seigneur. Anselme Mope était un homme cruel qui ne voyait que la vermine en tout homme qui ne portait pas un titre de noblesse et envoyer des assassins tuer les habitants par contrariété était récurent. « Tu as raison » finissais-je par décréter en dénichant les traces de ce qui devait-être une famille de faisans non loin d'une clairière. La jeune rousse esquissa alors un sourire satisfait et me désigna un buisson qui venait de bouger. Je saisi alors un petit caillou qui gisait sur le sol afin de le jeter dedans et ainsi faire détaler un jeune lapin. En un éclair, j'encochai une flèche pour l'abattre en pleine course, ce qui me valu de véritables applaudissement de Béryl.

Le temps était passé vite et la journée était déjà bien entamée quand nous retournions vers la ville, après avoir vérifié les pièges que j'avais installé et recueillir les quelques animaux qui étaient tombés dedans. Je laissais Béryl retourner auprès des siens avant de me rendre chez le boucher, Andreas. L'homme portait bien le titre de boucher, grand, gras et musclé, il aurait put chasser un dragon à une main pour le dépecer ensuite sans encombre malgré le fait qu'il fut terriblement bon et chaleureux. Il m'accueillit avec un sourire en coin, heureux d'avoir un peu de viande fraîche à vendre. Andreas faisait partie des trop nombreuses victimes de la pauvreté touchant les terres de Naëstarath et n'avait pas toujours de la viande à vendre aux plus riches . Voir donc un jeune homme arriver avec quelques bêtes fraîchement chassées était donc pour lui un véritable cadeau. Il me fit signe discrètement d'entrer dans son arrière boutique pour que j'y dépose mon butin à l'abri des regards. L'homme eut un léger rire en voyant le résultat de ma chasse avant de me donner une bonne tape sur l'épaule qui me fit mal vu la force du colosse.

- Que ferais-je sans toi Randall ! Ah si mon fils pouvait chasser aussi bien et efficacement que toi ! Fit-il en attrapant un hachoir pour commencer à travailler ce que je venais de lui apporter. Il y a une bourse sur la table, prends la, c'est de bon cœur !
- Merci Andreas.

Je m'emparais de la petite bourse de cuir pour l'attacher à mon ceinturon. Le colosse me gratifia encore d'un sourire, bien que la scène fut assez macabre, les doigts dans une carcasse de lièvre. Je quittais les lieux, content de ma récompense pour rentrer fièrement dans l'atelier de poterie. Le ciel commençait à se parer d'or et de rose, les habitants se dépêchaient de rentrer chez eux à la hâte puisque l'obscurité était signe de danger, voir même de mort. Je suivis alors le mouvement, me hâtant de traverser la ville avant que le soleil ne soit couché . Je slalomais entre les passants, plongé dans mes pensées et me voyait déjà montrer le contenu de la bourse que j'avais largement mérité à mon géniteur. Pourtant, un bruit me stoppa dans ma course. Je me tournais alors vers un coupe-gorge à ma droite pour tenter de mieux discerner la silhouette qui se tenait assise dans un coin. Je sentis mon cœur défaillir, l'image de la démone s'imposant à mon esprit. « Mon garçon » fit alors une voix chevrotante. Je compris qu'il s'agissait d'une vielle dame recroquevillée sur elle-même et qui semblait réclamer de l'aide. Je m'approchais doucement, la main sur le manche de ma dague au cas où il s'agirait d'une ruse.

- Mon garçon, n'auriez-vous pas quelques goûtes d'eau pour une vieille femme assoiffée ?

J'acquiesçais, attrapant ma gourde pour lui faire avaler le contenu. Après tout, elle n'était qu'une autre victime de nos malheurs. Elle cessa de boire et lorsque j'allais remettre le contenant à mon ceinturon, elle me saisit le poignet fermement. Je poussais un cri, tentant de me débattre, mais la vieille refusait de me lâcher. Elle finit par lever son regard vers moi, un regard blanc et aveugle, absolument terrifiant.

- Lâchez-moi ! Insistais-je tout en continuant de vouloir récupérer ma main.
- Vos ancêtres ont payés pour vos actes futurs Randall Abysmal, faites attention à vos choix, à ce que vous allez devenir. Retenez bien cet avertissement et ne prenez pas ses paroles à la légère. Ils vous guettent, vous attendent.

Je ne compris pas un traître mot de ces paroles, bien trop occupé à vouloir prendre mes jambes à mon cou avant que mon cœur ne me lâche vu la vitesse à laquelle il battait. Elle finit par me lâcher après m'avoir lancé un sourire. Après ça, il ne me fallu qu'une minute avant d'arriver chez moi tellement je m'étais précipité. Je verrouillais la porte d'un coup sec avant de souffler devant le regard interrogatif de mon père.

- Bon sang Randall, mais que t'arrive-t-il ? Béryl a tenté de te tuer ? S'inquiéta-t-il tout en se levant de son tour pour aller se laver les mains.
- Ce n'est rien, j'ai croisé un brigand qui voulait s'en prendre à moi. Par ailleurs je ramène de bonnes nouvelles, déclarais-je fièrement en posant la bourse pleine sur la table.
- Ne me dis pas que tu es encore parti chasser ! Tu sais pourtant que c'est dangereux avec les envoyés du seigneur qui rôdent .

Il soupira et s'approcha de mon butin pour compter les pièces de bronze avec un sourire en coin. Bien qu'il n'aimait pas que je chasse, il ne pouvait cacher cette fierté de me voir ramener de l'argent grâce à mon habileté . Son sourire finit pourtant par s'effacer et il plongea un regard grave dans le mien.

- Un avoué est passé, il veut que je me rende devant le Seigneur Mope demain à l'aube. Probablement un problème d'argent et je doute qu'il continue à nous faire crédit.

L'ambiance fut soudainement de plomb. Lorsque le seigneur s'en mêlait, ce n'était jamais bon signe. J'aurai probablement du chasser plus, puisque là était tout le problème : l'argent. Ce n'était pas avec ma petite récolte du jour que cela allait calmer le Seigneur. Je serais le poing et les dents, soudainement révolté.

- J'irai. Je suis plus jeune, il ne devrait pas me faire grand chose, il m'écoutera.
- Tu sais très bien que non. C'est un homme fourbe, manipulateur, t'agenouiller devant lui reviendrait à lui présenter ta tête pour qu'il la coupe.
- Justement, je suis habile, il aura peut-être un travail plus important à me faire faire, répliquais-je sûr de moi.
- Soit, mais je ne tiens pas à perdre mon unique fils.

Je le gratifiais d'un signe de tête, me retirant pour me nettoyer un peu avant de manger quelques morceaux de pain et un reste de soupe. Nous restions silencieux pour le reste de la soirée, méditant sur cette situation problématique. Demain serait une longue journée et nous ne savions pas de quoi elle sera faite, ni ce que le Seigneur avait prévu de nous faire faire. Le cauchemar avait empiété sur la vie réelle et ce n'était que le début.
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